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    "title": "La Trahison des Images : quand Bruxelles b\u00e9tonne ses derni\u00e8res fleurs",
    "modified_at": "2026-06-05 14:15:07",
    "published_at": "2026-06-05 14:15:00",
    "url": "https://power4trees.prezly.com/la-trahison-des-images-quand-bruxelles-betonne-ses-dernieres-fleurs",
    "short_url": "http://prez.ly/0hId",
    "culture": "fr_BE",
    "language": "FR",
    "subtitle": "Carte blanche par des riveraines du quartier Erasmus-Chaudron \u00e0 Anderlecht, rejointes par d'autres personnes et collectifs",
    "slug": "la-trahison-des-images-quand-bruxelles-betonne-ses-dernieres-fleurs",
    "body": "<p><em>Ceci n&rsquo;est pas un quartier fleuri. \u200b <br>\u200bCeci n&rsquo;est pas un &eacute;coquartier. \u200b <br>\u200bCeci n&rsquo;est pas une politique climatique responsable.</em></p><p>Comme dans <strong>La Trahison des Images</strong> de Ren&eacute; Magritte, nous sommes face &agrave; une gigantesque imposture visuelle et s&eacute;mantique. On baptise les rues &quot;Avenue des Hortensias&quot;, &quot;All&eacute;e des Jacinthes&quot;, &quot;Place des Tulipes&quot;&hellip; et dans le m&ecirc;me mouvement, on y massacre les derniers sols vivants, on y asphyxie la biodiversit&eacute; et on y coule du b&eacute;ton &agrave; perte de vue. Magritte aurait ador&eacute; :<strong> la pipe qui n&rsquo;est pas une pipe a d&eacute;sormais ses &eacute;quivalents urbains bruxellois</strong>. Le quartier des fleurs qui n&rsquo;a plus de fleurs. L&rsquo;&eacute;coquartier qui n&rsquo;est pas &eacute;co.</p><p>Pour la deuxi&egrave;me fois en quelques mois, le gouvernement bruxellois a d&eacute;livr&eacute; un permis d&rsquo;urbanisme dans le secteur Erasmus-Chaudron, &agrave; Anderlecht. Le 22 d&eacute;cembre 2025, trois immeubles d&rsquo;appartements entre la rue du Chaudron et l&rsquo;avenue des Hortensias. Le 6 mai 2026, deux immeubles suppl&eacute;mentaires &agrave; l&rsquo;angle de la rue du Chaudron et de l&rsquo;all&eacute;e des Jacinthes. Tout cela en toute s&eacute;r&eacute;nit&eacute;, comme si le jugement du tribunal francophone de premi&egrave;re instance de Bruxelles du 29 octobre 2025 n&rsquo;avait jamais exist&eacute;.</p><p>Pourtant, ce jugement, rendu dans l&rsquo;affaire intent&eacute;e par l&rsquo;asbl We Are Nature &eacute;tait clair : la R&eacute;gion doit suspendre l&rsquo;imperm&eacute;abilisation des terrains non b&acirc;tis de plus de 0,5 hectare, au moins jusqu&rsquo;&agrave; l&rsquo;adoption d&rsquo;un nouveau PRAS ou, au plus tard, jusqu&rsquo;au 31 d&eacute;cembre 2026. Un moratoire minimal, dict&eacute; par l&rsquo;urgence climatique et la sant&eacute; publique. R&eacute;ponse du gouvernement ? Une circulaire publi&eacute;e le 8 avril 2026 ordonnant aux administrations de continuer comme si de rien n&rsquo;&eacute;tait. &quot;Aucun moratoire ne sera appliqu&eacute;.&quot; Circulez, y a rien &agrave; voir.</p><p><strong>On nage en plein surr&eacute;alisme bruxellois</strong>. D&rsquo;un c&ocirc;t&eacute;, on nous serine que les vagues de chaleur vont s&rsquo;intensifier, que la ville devient &eacute;tuve, que les &icirc;lots de chaleur urbains tuent. De l&rsquo;autre, on continue &agrave; sacrifier les derniers poumons verts qui pourraient justement temp&eacute;rer ces ph&eacute;nom&egrave;nes. Les sols vivants rafra&icirc;chissent, infiltrent l&rsquo;eau, abritent la biodiversit&eacute;. Pourtant, ils sont uniquement consid&eacute;r&eacute;s comme un atout financier une fois d&eacute;truits, et non comme une valeur &agrave; pr&eacute;server, voire &agrave; renforcer, au service d&rsquo;une ville plus vivable. </p><p>Le Plan r&eacute;gional d&rsquo;affectation du sol (PRAS) est en r&eacute;vision depuis 2021 pr&eacute;cis&eacute;ment parce qu&rsquo;il ne r&eacute;pond plus aux d&eacute;fis climatiques. On nous promet un nouveau plan depuis des ann&eacute;es. Il n&rsquo;arrive jamais. L&rsquo;&eacute;valuation environnementale du PRAS l&eacute;galement obligatoire n&rsquo;a jamais &eacute;t&eacute; men&eacute;e. L&rsquo;ancien plan n&rsquo;a jamais &eacute;t&eacute; corrig&eacute;. Et pendant ce temps, les promoteurs, eux, ne perdent pas une seconde et profitent d&rsquo;une &quot;s&eacute;curit&eacute; juridique&quot; dont les Bruxellois paient le prix. </p><p>Nous, riveraines, associations de protection de la nature et habitants, nous multiplions les objections depuis des ann&eacute;es. On nous r&eacute;pond par un silence poli ou un m&eacute;pris administratif. Parmi nos constats, qui n&rsquo;ont rien d&rsquo;extravagant :</p><ul class=\"release-content-list release-content-list--bulleted release-content-list--align-inherit\"><li><span>la destruction syst&eacute;matique de la biodiversit&eacute; dans ce qu&rsquo;on ose encore appeler un &quot;&eacute;coquartier&quot; ;</span></li><li><span>la rupture de la connectivit&eacute; &eacute;cologique entre Neerpede, la vall&eacute;e du Vogelzangbeek et la Promenade verte ;</span></li><li><span>la disparition de terres agricoles fertiles qui pourraient nourrir la strat&eacute;gie &quot;Good Food&quot; bruxelloise ;</span></li><li><span>l&rsquo;augmentation du risque d&rsquo;inondation en aval de la vall&eacute;e ;</span></li><li><span>la cr&eacute;ation d&rsquo;un quartier dortoir monofonctionnel, loin des besoins r&eacute;els en logements abordables et mixtes ;</span></li><li><span>une place des Tulipes o&ugrave; aucune tulipe ne fleurit, entour&eacute;e de commerces vacants.</span></li></ul><p>Mais tout cela semble peser bien peu face aux int&eacute;r&ecirc;ts des promoteurs immobiliers.</p><p>La question pos&eacute;e par une habitante &agrave; l&rsquo;&eacute;chevine de l&rsquo;Urbanisme d&rsquo;Anderlecht sur la compatibilit&eacute; du dernier permis avec le jugement du tribunal est rest&eacute;e sans r&eacute;ponse. C&rsquo;est symptomatique. On ne r&eacute;pond plus, on passe en force. On ne d&eacute;bat plus, on b&eacute;tonne.</p><p>&Agrave; force de voir nos &eacute;lus traiter le droit comme un simple avis de convenance et la nature comme un obstacle administratif, on finit par se demander<strong> si l&rsquo;&Eacute;tat de droit bruxellois n&rsquo;est pas, lui aussi, une image surr&eacute;aliste : une belle pipe peinte qu&rsquo;on nous vend comme vraie</strong>.</p><p>Nous demandons au gouvernement bruxellois de respecter le jugement du 29 octobre 2025, de retirer la circulaire du 8 avril, et d&rsquo;aligner enfin ses permis sur les objectifs climatiques et sanitaires qu&rsquo;il pr&eacute;tend d&eacute;fendre par ailleurs. Continuer &agrave; imperm&eacute;abiliser les derniers espaces ouverts n&rsquo;est pas une d&eacute;cision anodine. C&rsquo;est un choix politique lourd de cons&eacute;quences sur la sant&eacute; respiratoire des enfants, sur la r&eacute;silience de la ville face aux canicules et aux inondations, et sur la qualit&eacute; de vie des Bruxellois les plus modestes, qui sont aussi les plus expos&eacute;s.</p><p>Le surr&eacute;alisme a ses limites. Quand la trahison des images devient la trahison du vivant, ce n&rsquo;est plus de l&rsquo;art. C&rsquo;est une faute irr&eacute;versible.</p><p><em>Des riveraines du quartier Erasmus-Chaudron &agrave; Anderlecht, rejointes par d&#039;autres personnes et collectifs</em></p>",
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