Le Chaudron sous pression
Le gouvernement bruxellois fait fi d’un jugement et de la santé de ses habitants

8 juin 2026 - COMMUNIQUE DE PRESSE : Pour la deuxième fois consécutive, le gouvernement bruxellois délivre un permis d’urbanisme pour la construction de plusieurs immeubles d’appartements dans le quartier Erasmus-Chaudron à Anderlecht, en ignorant purement et simplement le jugement rendu par le tribunal de première instance le 29 octobre 2025. Cette situation soulève de sérieuses questions quant à la manière dont le gouvernement bruxellois entend respecter ses obligations climatiques ainsi que la santé et l’avenir de ses habitants.
Une situation indigne d’un État de droit
Le 22 décembre 2025, un permis a été délivré pour la construction de trois immeubles d’appartements entre la rue du Chaudron et l’avenue des Hortensias. Le 6 mai 2026, un deuxième permis suivait pour deux immeubles supplémentaires à l’angle de la rue du Chaudron et l’allée des Jacinthes.
Ces permis posent problème, car le tribunal francophone de première instance de Bruxelles a jugé dans l’affaire intentée par l'asbl We Are Nature, le 29 octobre 2025, que la Région de Bruxelles-Capitale devait prendre des mesures afin de suspendre l’imperméabilisation de terrains non bâtis de plus de 0,5 hectare, au moins jusqu’à l’adoption d’un nouveau Plan régional d’affectation du sol (PRAS), ou au plus tard jusqu’au 31 décembre 2026. En d’autres termes, un moratoire devait être appliqué.
Le 8 avril, le gouvernement bruxellois a pourtant publié une circulaire demandant aux administrations de poursuivre le traitement des dossiers d’urbanisme, en précisant explicitement qu’aucun moratoire ne serait appliqué. Une telle remise en cause de l’État de droit nous inquiète profondément.
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Les vagues de chaleur font payer un lourd tribut
Alors que les vagues de chaleur deviennent toujours plus fréquentes et plus intenses, particulièrement en milieu urbain, le silence des responsables politiques est assourdissant. Les sols vivants et les espaces naturels contribuent à rafraîchir la ville, mais ils continuent d’être sacrifiés au profit du béton. Comment la Région bruxelloise compte-t-elle respecter ses engagements climatiques ? Quel est son plan ?
Le PRAS est en cours de révision depuis 2021 parce qu’il ne répond plus aux défis climatiques et aux exigences de qualité de vie urbaine. Pourtant, l’élaboration et l’adoption d’un nouveau plan sont sans cesse reportées, au plus grand bonheur des promoteurs immobiliers. De plus, l'évaluation de l'impact environnemental du PRAS existant, prévue par la loi, n'a jamais été réalisée,et donc le plan n'a jamais été corrigé en ce sens.
Des procédures de participation réduites à néant
Ces dernières années, les habitants et les associations de protection de la nature ont multiplié les objections aux projets de développement dans le quartier Erasmus-Chaudron. Tant la commune que la Région ont systématiquement ignoré ces remarques.
Parmi les préoccupations soulevées :
- Un prétendu écoquartier où la biodiversité est systématiquement détruite.
- La disparition progressive de la connectivité écologique entre les vallées de Neerpede et du Vogelzangbeek, ainsi que l’effacement des espaces verts le long de la Promenade verte régionale dans la rue du Chaudron.
- La perte irréversible de terres agricoles fertiles qui pourraient pourtant contribuer à la stratégie bruxelloise « Good Food ».
- L’augmentation du risque d’inondation dans la partie basse de la vallée du Vogelzangbeek.
- Le taux élevé de vacance commerciale sur la place des Tulipes (où aucune tulipe ne fleurit).
- Le développement d’une offre de logements qui ne répond pas aux besoins réels en logements de la Région.
- Le développement d'un quartier dortoir monofonctionnel
Pour les habitants et les associations de protection de la nature, le constat est clair : les intérêts économiques des promoteurs immobiliers continuent de primer sur la résilience climatique et la santé publique.
La question d’une riveraine de savoir si le permis d’urbanisme délivré respecte bien le jugement reste à ce jour sans réponse de l’échevine de l’urbanisme anderlechtoise, illustrant ainsi, une fois de plus, le déficit démocratique des décideurs bruxellois.
Nous appelons le gouvernement bruxellois à respecter pleinement le jugement du 29 octobre 2025, à retirer la circulaire du 8 avril, à aligner sa politique de délivrance des permis sur les objectifs climatiques et sanitaires de la Région, et à mettre enfin en œuvre une politique d’aménagement du territoire qui protège les habitants au lieu de continuer à soutenir les intérêts du béton.
À une époque marquée par des épisodes de chaleur extrême et des risques climatiques croissants, continuer à construire sur des espaces ouverts n’est pas un choix politique neutre : c’est une décision aux conséquences directes sur la santé et la qualité de vie des Bruxellois.
Pour aller plus loin :
- Les perspectives du quartier Erasmus-Chaudron : reportage photos
- Ceci n'est pas une Tulipe. Carte blanche explorant le surréalisme de la situation

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